Découvrez l’iconographie de saint Antoine le Grand

Par | 20 mai 2019

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L’iconographie de saint Antoine le Grand

Saint Antoine le Grand est un des saints les plus représentés dans les productions artistiques du XIVème au XVIIIème siècle. Et il a également inspiré peintre, sculpteur, et écrivain jusqu’à nos jours (Cézanne, Rodin, Flaubert, Dali…) et les tentations qu’il a subies font, aujourd’hui, l’objet d’essais psychasthéniques !

Saint Antoine, bien qu’originaire d’Égypte, a été très vite connu en France. Dès sa mort (351), Athanase, évêque d’Alexandrie, écrit en grec une « Vie de saint Antoine » qui sera très vite traduite en latin et diffusée en Occident. Jacques de Voragine, dans sa « Légende dorée », le magnifiera.

Ce d’autant qu’Antoine est un thaumaturge. Donc, son intercession pour l’obtention d’une guérison est efficiente. Et cela tombe à point à une époque où, aux épidémies meurtrières déjà connues, vient se joindre le Mal des Ardents ou Feu de saint Antoine, une terrible maladie due à l’ergotisme du seigle qui, à travers l’absorption du pain quotidien, intoxique la population.

La translation des reliques d’Antoine, de Constantinople jusqu’à La Motte aux Bois, en Dauphiné (qui est devenu Saint-Antoine-l’Abbaye), augmente de façon considérable son aura. On sait l’importance qu’on attachait, dès cette époque à la possession de reliques, source de prestige et valeur sûre pour accompagner les incantations des malades.

Enfin, Antoine devient vers 1095, le saint patron, sans les avoir fondés, d’une Maison de l’Aumône puis d’un Ordre religieux (1297), à vocation hospitalière, dont la renommée s’étend au travers de, selon l’époque, 300 à 400 hôpitaux, prieurés et commanderies semés dans toute l’Europe jusqu’au Moyen-Orient.

Grâce à une organisation rigoureuse, à une compétence clinique certaine et à des thérapies efficaces, l’Ordre est très vite reconnu. Sa spécialité est le Mal des Ardents, une maladie bien particulière qui exige des soins spécifiques. Ainsi, les chanoines antonins soignent le corps autant que l’âme.

La popularité de saint Antoine est donc une source d’inspiration dans laquelle puisent tous les artistes, peintres, graveurs, sculpteurs et écrivains ou, du moins, ceux qui en sont leurs commanditaires.

C’est la vie même du saint qui les incite et c’est dans celle-ci qu’ils trouvent le fondement de leur imagination à représenter un personnage les ayant précédés depuis plusieurs siècles… et dont ils ne savent finalement que peu de choses. Mais « la Légende dorée » a pallié cette déficience en fournissant les thèmes auxquels on se réfère. Reste, ensuite, à imaginer…

Antoine est représenté âgé, avec ou sans ses attributs traditionnels (livre, bâton, clochette, cochon…) et souvent revêtu de l’habit antonin sur lequel brille le Tau, ce qui évoque un lien très fort avec l’ordre religieux antonin car c’est lui qui a choisi ce symbole.

Trois de ces thèmes reviennent, le plus souvent, dans cette flamboyante production iconographique sur saint Antoine :

– les tentations, thème le plus récurrent, le plus complexe, le plus mystérieux et qui a débridé totalement l’imagination des artistes les plus renommés

– la rencontre de Saint Antoine et de Saint Paul dans le désert avec la légende du pain apporté par un corbeau

– l’ensevelissement de Saint Paul par saint Antoine aidé par deux lions.

  1. Les Tentations de saint Antoine

En ce qui concerne les tentations, les œuvres foisonnent et on les retrouve dans la plupart des grands musées.

Outre le retable d’Issenheim déjà évoqué par ailleurs, un triptyque de Bosch présente des allégories, des symboles religieux ou profanes jusqu’à l’obscénité, mêlant en de multiples tableaux dans le tableau, onirisme et ésotérisme, ceci pouvant rappeler, outre les tentations démoniaques, les hallucinations dont souffraient les malades atteints du mal des ardents.

Jérôme Bosch – 1501 – Huile sur panneau de chêne - Musée national de Lisbonne

Jérôme Bosch – 1501 – Huile sur panneau de chêne – Musée national de Lisbonne

 

Salvador Dali – 1946 – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Salvador Dali – 1946 – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Parmi les œuvres de Véronèse, Michel-Ange, Brueghel, Patinier, Van der Heyden, Cézanne, Callot…

celle de Salvador Dali, auteur de ce tableau surréaliste, s’intègre dans le style des représentations oniriques faites aux siècles précédents.

  1. La visite de saint Antoine à saint Paul de Thèbes, ermite

La visite de saint Antoine à un autre ermite de la Thébaïde, saint Paul, dont il a entendu parler constitue également une source d’inspiration pour l’artiste. Elle met en lumière la légende du corbeau qui apporte quotidiennement un demi-pain à l’ermite, nourriture bien suffisante pour un anachorète.

Saint Paul ne tenait pas à cette rencontre, mais le jour de la visite, l’oiseau apporte un pain entier !

Il voit alors, dans ce signe, la bénédiction du ciel.

Cette représentation s’inscrit dans une ambiance plus calme, plus réfléchie que celle des Tentations.

En arrière de ce tableau de Vélàzquez, en bas à gauche, le peintre préfigure l’inhumation de Paul par Antoine et l’intervention légendaire de deux lions réquisitionnés pour creuser le sable du désert, troisième thème parmi les plus choisis.

Diego Velàzquez – 1634 – Musée du Prado - Madrid

Diego Velàzquez – 1634 – Musée du Prado – Madrid

Une icône copte développe, dans son style caractéristique, le même thème et, là aussi, on retrouve les deux lions de la légende.

Icône copte – XVIIIème siècle – Musée du Caire

Icône copte – XVIIIème siècle – Musée du Caire

  1. L’inhumation de saint Paul par saint Antoine

Ce thème est également très popularisé par les peintres.

Il figure au travers de fresques, hélas bien abimées, dans une des chapelles de l’abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye.

Ici, on le retrouve dans un des vitraux de l’église de Châteauroux, la représentation des sujets de la Légende dorée ne se limitant pas à des œuvres picturales.

Eglise de Châteauroux (Indre) – verrière représentant l’inhumation de saint Paul par saint Antoine ainsi que les deux lions réquisitionnés pour creuser le sol (XIXème siècle).

Eglise de Châteauroux (Indre) – verrière représentant l’inhumation de saint Paul par saint Antoine ainsi que les deux lions réquisitionnés pour creuser le sol (XIXème siècle).

 

Bartolomeo di Fredi – épisodes de la vie de saint Antoine – vers 1380 – musée de Berlin

Bartolomeo di Fredi – épisodes de la vie de saint Antoine – vers 1380 – musée de Berlin

Bien entendu, il nous serait facile de poursuivre cette énumération avec d’autres chefs d’œuvre représentant notre saint tant sa popularité a été et reste grande.

De nos jours on compte encore, en France, 14 communes se référant à son nom d’Antoine le Grand, ainsi que plus de quarante églises, sans compter les innombrables lieux dits.

Le prénom d’Antoine, celui qui est fêté le 17 janvier (saint Antoine le Grand), reste un prénom usité.

 

Christian Maurel

Président de l’Association Française des Amis des Antonins

 

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