Tout les articles par: Frédéric Rantières

Sortie du CD Vox de Cœlo – commandez votre double CD!

Dimanche 21 décembre à 20h, église de Saint-Marcellin (Isère), venez écouter des extrais du nouveau CD de l’ensemble Vox In Rama Vox de Cœlo – une « voix du ciel » – sur les chants de dévotion à saint Antoine l’Egyptien (abbé)! Pas besoin de réserver, juste venir un peu en avance. Tarif unique : 10€ (gratuit pour les – de 12 ans). Vous pourrez récupérer ou acheter votre CD.

Ecoutez la présentation radio du double CD Vox de Cœlo avec Maxime Dalle et Frédéric Rantières sur Radio Notre-Dame (émission Ecclesia magazine du 12 décembre 2019)

Vous ne pouvez pas venir au concert, commandez votre double CD en téléchargeant le bulletin de réservation et en le renvoyant accompagné du règlement à l’adresse indiquée.

Bulletin de réservation en pdf

Prix unitaire du CD avec conditionnement et port inclus : 28,50€ (achat par correspondance)

Prix unitaire du CD : 25€ (achat sur place)

Vox In Rama a co-produit ce double CD avec l’Association Française des Amis des Antonins (AFAA) et Andiamo Productions

Quelques extraits vidéo en avant-première

Séances d’enregistrement dans l’église de Saint-Antoine l’Abbaye… quelques photos avant la sortie du CD Vox de Coelo

Quelques photos de l’enregistrement du futur CD Vox de Cœlo sur les chants de dévotion à saint Antoine abbé…

Les séances ont eu lieu du 28 au 31 octobre 2019 dans l’église abbatiale de Saint-Antoine l’Abbaye durant la nuit… sortie du CD prévue le 21 décembre à 20h à l’église de Saint-Marcellin!

Chanteurs :

Matthieu Lancian, contre-ténor

Laurent Mallet, baryton

Daniel Guillot, baryton-basse

Frédéric Rantières, ténor et directeur artistique

Ingénieur du son : Sylvain Chiesa, pour Andiamo Productions

Les Chants de dévotion à Saint-Antoine abbé à Marseille

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine organisées à l’Abbaye Saint-Victor de Marseille, dimanche 22 septembre à 17h, l’ensemble Vox In Rama présentera la version inédite de l’office médiéval antonin pour la fête de saint Antoine abbé dans sa version en plain-chant médiéval. Cette restitution vocale s’alternera avec la messe polyphonique que le célèbre Guillaume Dufay (v. 1400-1474) composa sur la base de ce plain-chant pour la liturgie de la cathédrale de Cambrai. Cliquez pour voir la localisation de l’événement

En attendant, écoutez des extraits!

Cours de chant grégorien et médiéval sacré / Paris 2019-20

L’association Vox In Rama propose de redécouvrir les traditions vocales sacrées du Moyen Âge en s’immergeant dans les mélodies, les textes et les images qui les ont inspirées…

Vous voulez retrouver le souffle de ces chants aux formules souples et fluides ? vous souhaitez vous familiariser avec le latin mais vous ne savez pas comment vous y prendre? vous pensez que c’est inaccessible pour un public profane ? Nous vous donnerons accès à des outils simples et concrets pour vous familiariser avec leur beauté qui n’attend que vous pour être redécouverte…

Frédéric Rantières, chanteur médiéviste, et Aurélie Zygel-Basso, professeure agrégée de lettres classiques, vous accompagneront dans votre apprentissage!

Pour vous renseigner et vous inscrire, téléchargez la brochure en cliquant!

Soirée découverte du chant grégorien O Sapientia, mardi 24 septembre à 19h au 104 rue de la Tour, Paris 16e! Venez partager ce moment autour de la figure de la Sagesse dans le chant grégorien et inscrivez-vous à l’événement sur FB!

A Bordeaux : l’hôpital antonin, la maladie, les droits et devoirs de l’hôpital





« La maladie est la grande Responsabilité des Antonins » nous dit Joseph de Montchenu, historien et membre de l’AFAA, décédé en 2013, spécialiste de l’histoire antonine en Aquitaine et auquel nous faisons, ici, référence.

Dans le Sud-Ouest, c’est pendant la période de 942 à 1342 que les populations subissent un terrible fléau qui devait exister d’ailleurs dans des temps plus anciens.

Des années de disette et les froids exceptionnels provoquent de terribles épidémies : « le froid a été si intense que la mer a gelé sur les Côtes de Gascogne. Des milliers de gens meurent… de maladies pestilentielles  » nous dit le Livre des Coutumes.

Lors des années 1348 à 1365, celles-ci sont si violentes que plus du tiers de la population bordelaise a péri. Certains quartiers de la ville sont rasés.

Les activités portuaires de Bordeaux ont sans doute pu faciliter l’extension rapide des maladies.

Il faut noter qu’à cette époque toute maladie étant prise pour peste, le Feu sacré se confond avec « les maladies pestilentielles ».

En effet, les symptômes initiaux entre Ignis sacer (1) et « peste noire », sont assez semblables.

Le devenir des malades contagieux étant alors confié, sans réserve, aux Hospitaliers de Saint-Antoine par le Chapitre de Saint-André et l’autorité pontificale, on se doit d’admettre que les Antonins sont confrontés alors à toutes les formes d’épidémies.

Pourtant, si l’ignis sacer gangréneux n’avait rien de commun avec la peste d’Orient, il faudra attendre plus d’un siècle et demi pour différencier les maux et comprendre que la peste venait par contagion. 

A quel moment, les Hospitaliers ont-ils fait le lien avec « cet ergot qui attaque aussi bien le blé que le seigle et qui rendait la mouture, puis le pain, rouge comme du sang ? ».

Il est permis de penser que ce fut assez tôt vu les nombreux moulins dont se dotent commanderies et hôpitaux et qui permettent de mieux surveiller la qualité des céréales utilisées.

A Bordeaux, on insiste plus particulièrement sur l’aspect religieux des soins, pratiqués par les Frères de l’Aumône (« bénédictions données avec des vins, de l’eau des fontaines sacrées ou de la graisse, par les mains qui lavent, soignent », etc.).

DROITS ET DEVOIRS DE L’HÔPITAL ET DES MALADES

C’est dans le traitement des malades et dans l’organisation de leurs établissements que se distinguent les Chanoines réguliers de l’Ordre de Saint-Antoine.

En l’an 1476, le Chapitre Général décide, en accord avec les responsables religieux locaux, une Réformation dans l’Ordre puis dans l’organisation de chaque Hôpital.

Les Droits et les Devoirs de l’Hôpital, comme ceux des malades et infirmes, sont précisés dans les statuts de chaque Hôpital et confirmés en 1478 dans le Bullaire de Saint-Antoine (manuscrit latin du notaire Guerini).

Tous les biens de l’Ordre de Saint-Antoine, dans chaque partie du monde (c’est l’Europe des Antonins !), seront affectés à l’Hospitalité des atteints et infirmes du Feu infernal…

Tous les malades (hommes et femmes) atteints par ce mal seront reçus, à leur demande, dans toute Maison de l’Ordre.

Si le malade devient infirme et impotent et, de ce fait, ne peut plus assurer sa subsistance, il sera accueilli à vie par le Commandeur, définitivement et sans réserve et affecté dans la commanderie de son pays d’origine.

Selon son état, il pourra être amené à servir la Communauté et être utile à tous, ayant l’assurance d’être aidé et nourri sa vie durant (gardien de l’église, jardinier, cuisinier, tailleur, emploi à la ferme, surveillant de moulin, etc.). 

Selon l’importance de la commanderie, les malades peuvent être affectés dans un autre Hôpital mais aucun ne peut leur être refusé.

Les malades peuvent demander le séjour et l’entretien comme infirmes libres ou se donner à l’Ordre. Ils font alors partie intégrante du « Tiers-Ordre antonin » et portent le Tau.

Ils doivent obéissance et loyauté envers l’Ordre : ils jurent de ne rien aliéner de l’Ordre, mais au contraire d’entretenir ses biens ; ils peuvent donner une contribution à l’Ordre, au moment de leur entrée, mais aucune obligation n’est imposée.

Les malades infirmes ne peuvent être renvoyés que sur faute grave ou s’ils causent scandale parmi les autres infirmes, à condition qu’ils soient incorrigibles, l’ultime punition étant le bannissement de l’Ordre.

Le commandeur a l’obligation de verser les pensions dues aux infirmes de l’hôpital, mais n’a aucune obligation pour ceux qui résident à l’extérieur.

Les malades vivant à l’hôpital y trouvaient les remèdes, les soins permanents des Hospitaliers, une allocation quotidienne et, s’il le fallait, un entretien à vie sans oublier des mesures de protection, d’aide et de prévoyance. Toutes ces actions s’adressaient aux plus pauvres, comme aux fortunés.

N’est-ce pas là les origines des œuvres sociales de nos jours ?

Il est curieux que l’Ordre de saint Antoine, modèle social avant l’heure, renommé pour sa compassion vis-à-vis des malades, ses compétences médicales et sa charité, n’ait laissé aucune trace dans la ville de Bordeaux : pas de monument, pas de ruines, pas de plaque, pas même une rue dédiée à Saint Antoine ou aux Antonins.  

Remplacés par les Feuillants vers la fin du XVIème siècle sans qu’on en sache exactement la raison, les Antonins et leur célèbre saint ont basculé dans l’oubli le plus total.

Rapporté par Danielle Blanc, vice-présidente de l’AFAA

(1) l’ergotisme est à l’origine de mal des Ardents ou Feu (de) Saint-Antoine

(2) Le Commandeur (ou précepteur) est l’autorité religieuse à la tête d’une Commanderie ou Préceptorie, base de l’organisation territoriale de l’Ordre antonin et dont dépend un hôpital ou des hôpitaux antonins.

Ces fameuses colonnes torses, citées par Joseph de Montchenu dans ses récits, proviennent en fait du chœur de la chapelle Saint-Antoine des Feuillants, qui a remplacé, en 1604, l’église initiale des Antonins hospitaliers.
Détruite à son tour, sur son emplacement a été construit le Musée et tracée la rue Paul Bert.

Musée d’Aquitaine-Bordeaux / photo Alexandra Maurel

Photo Alexandra Maurel

Saint Antoine et le mal des ardents

Cette vidéo présente des œuvres picturales et vocales sur le terrible fléau du « mal des ardents », appelé également ergotisme, qui se contractait par l’ergot de seigle. Ses symptômes les plus connus sont la gangrène et les troubles hallucinatoires… En trois minutes, découvrez la magnificence de l’art autour de saint Antoine et de l’Ordre antonin. Apprenez-en davantage avec Gisèle Bricault, historienne et membre de l’Association Française des Amis des Antonins en cliquant!

Vous avez jusqu’au 26 juin 2019 pour acquérir ce CD et bien d’autres contributions originales en contribuant au financement participatif Helloasso! Alors n’hésitez plus! faites un don sur Helloasso en cliquant!

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Saint Antoine le Grand, saint protecteur universel

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Saint Antoine le Grand, dit aussi Saint Antoine du Désert, Saint Antoine l’Égyptien ou Saint Antoine l’Ermite, serait décédé le 17 janvier 356.

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Approximativement vers 1070-1074, la dépouille d’Antoine est amenée à la Motte aux Bois devenue Saint-Antoine en Viennois puis Saint-Antoine-l’Abbaye.

Dès lors, un pèlerinage s’instaure à la Motte-aux-Bois et le saint se vit attribué des symboles. Il y eut d’abord le Tau considéré comme une béquille mais aussi comme la lettre de la « connaissance » au même titre que l’Oméga, car la vie spirituelle d’Antoine l’avait conduit fort avant dans la compréhension du divin. On lui attribua donc ce signe de savoir.

Suivirent la clochette et le livre symboles de la diffusion de la Foi, le chapelet vu à la fois comme un hommage à l’instar d’une couronne de fleurs mais du fait que les grains roulent sous les doigts, c’est l’évocation d’une sorte de force, d’une énergie, en même temps qu’on rappelle le pouvoir de la Parole sans cesse répétée, parole qui nous relie les uns avec les autres.

Puis vient le porc, nourriture terrestre indispensable à l’homme mais aussi symbole des sentiments surmontés et domptés.

Bien plus tard, au XIVe siècle, des flammes furent représentées sous les pieds du saint : elles rappelaient les brûlantes douleurs du Feu de Saint Antoine dit Mal des Ardents, qu’on appelle maintenant ergotisme.

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Sancthus anthonius, peinture  sur bois de Schongauer vers 1450.       

On remarque le rôle prééminent d’Antoine guérisseur du mal des ardents ou du feu de saint  Antoine.                                                                                               

                                                                          

         

La popularité du saint fut immense et se généralisa par toute l’Europe au point que saint Antoine, est, de loin, le saint qui bénéficia d’un maximum de représentations : peintures, sculptures, vitraux, œuvres musicales, fresques, bas-reliefs, etc.

Peu à peu, il devint celui qu’on n’invoquait non seulement pour le feu sacré mais aussi pour tout ce qui brûle ou démange : la peste, la gangrène, la syphilis, la gale et toutes les maladies de peau : varices, furoncles, zona, scorbut, érysipèle plus les maladies éruptives : rougeole, varicelle, etc.

Ensuite, l’on mit tous les pourceaux sous sa protection puisqu’un pourceau l’accompagne dans sa représentation et cette protection s’étendit à tout le bétail des fermes, les équidés tout particulièrement. Il suffisait de clouer dans les étables et les écuries une image du saint.

Le bétail étant protégé, les laboureurs et les fermiers se mirent aussi sous la protection de l’ermite et par extension, on attribua au pain de saint Antoine, pain béni la nuit de Noël et remis au chef de famille, le pouvoir de protéger la maisonnée et aussi celui de protéger les semences de la pourriture, si l’on avait pris la précaution d’en émietter un peu dans les grains à semer. En Corse ce pain béni était réputé guérir les maux de gorge.

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Saint Antoine, protecteur des animaux de la ferme 

Bien entendu, partant de l’idée d’un Antoine accompagné d’un porc et protégeant le bétail, tous ceux qui travaillaient le cuir (cordonniers exceptés, fidèles à saint Crépin) se sont mis sous la protection du saint : gantiers, tanneurs, relieurs, tondeurs de laine, bourreliers, équarrisseurs, selliers, corroyeurs, ainsi que tous ceux faisant commerce de viande : bouchers, charcutiers, traiteurs, rôtisseurs. Par ailleurs les truffiers en firent autant puisqu’ils utilisent un porc pour chercher les truffes.

Puis les vanniers se mirent à leur tour sous la protection d’Antoine, arguant que celui-ci avait demandé à ses disciples de vivre de leur travail et donc de tisser les palmes qu’ils avaient à leur disposition pour confectionner nattes, paniers, manteaux, et, puisqu’il y avait le tissage, les tisserands en firent autant. Les arquebusiers et les archers emboitèrent le pas car, d’une part, le feu d’une arquebuse pouvait s’apparenter au feu douloureux de saint Antoine et, d’autre part, la peste, maladie redoutée, se symbolisait depuis toujours par une volée de flèches et l’on en déduisait que saint Antoine, puisqu’il guérissait le feu sacré, pouvait également être invoqué pour guérir la peste tout comme Saint Roch.

Il y eut même les confiseurs qui se targuèrent de sa protection pour une raison qui nous échappe, peut-être parce qu’Antoine se nourrissait de dattes facilement confites par le soleil. De leur côté les apothicaires se réclamèrent du saint estimant que tout comme lui, ils étaient à même de guérir les malades. Par ailleurs les fondeurs et les sonneurs de cloches outre les fabricants de patenôtres furent d’office ses protégés puisqu’une sonnette et un chapelet figurent dans les symboles accompagnant le saint. Bien entendu Antoine était censé protéger les maisons contre les incendies et il devait aussi éviter la mort subite à ceux qui le lui demandaient : ce genre de mort était terriblement redouté au Moyen Âge, car elle empêchait toute repentance et alors le feu de l’Enfer pouvait s’ensuivre.

Enfin, parce que saint Antoine avait su se faire aider par deux lions pour creuser la tombe de saint Paul l’Ermite, les montreurs de bêtes, les dompteurs, n’ont pas manqué de se mettre sous sa protection ainsi que les fossoyeurs et les « croque-morts ».

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Saint Antoine, patron des charcutiers…

En outre, comme il était un solitaire, de nombreux ermites et des confréries de charitables se réclamèrent de lui : à Saint-Antoine en Viennois il y eut la confrérie de messieurs de Saint Antoine, confrérie de laïques charitables qui s’est étendue ici et là, en Belgique, Luxembourg, Hainaut (où il y avait l’Ordre Chevaleresque de Saint-Antoine) et encore en Corse, à Calvi et en Allemagne.

Saint Antoine d’Égypte est manifestement en tête des saints protecteurs. Il est donc bien regrettable que sa fête ne soit plus mentionnée le 17 janvier sur les calendriers et que seuls demeurent d’autres saint Antoine certainement méritants mais pratiquement inconnus, sauf saint Antoine de Padoue dont chacun sait qu’il nous aide à retrouver les clés égarées.

Pour terminer cette énumération non exhaustive, il convient de préciser que notre Antoine le Grand est aussi le patron de la Légion Étrangère. Et en milieu militaire, ces traditions continuent d’être respectées, n’en déplaise à certains.

Gisèle Bricault, historienne membre de l’Association Française des Amis des Antonins (AFAA)

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Découvrez l’iconographie de saint Antoine le Grand

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L’iconographie de saint Antoine le Grand

Saint Antoine le Grand est un des saints les plus représentés dans les productions artistiques du XIVème au XVIIIème siècle. Et il a également inspiré peintre, sculpteur, et écrivain jusqu’à nos jours (Cézanne, Rodin, Flaubert, Dali…) et les tentations qu’il a subies font, aujourd’hui, l’objet d’essais psychasthéniques !

Saint Antoine, bien qu’originaire d’Égypte, a été très vite connu en France. Dès sa mort (351), Athanase, évêque d’Alexandrie, écrit en grec une « Vie de saint Antoine » qui sera très vite traduite en latin et diffusée en Occident. Jacques de Voragine, dans sa « Légende dorée », le magnifiera.

Ce d’autant qu’Antoine est un thaumaturge. Donc, son intercession pour l’obtention d’une guérison est efficiente. Et cela tombe à point à une époque où, aux épidémies meurtrières déjà connues, vient se joindre le Mal des Ardents ou Feu de saint Antoine, une terrible maladie due à l’ergotisme du seigle qui, à travers l’absorption du pain quotidien, intoxique la population.

La translation des reliques d’Antoine, de Constantinople jusqu’à La Motte aux Bois, en Dauphiné (qui est devenu Saint-Antoine-l’Abbaye), augmente de façon considérable son aura. On sait l’importance qu’on attachait, dès cette époque à la possession de reliques, source de prestige et valeur sûre pour accompagner les incantations des malades.

Enfin, Antoine devient vers 1095, le saint patron, sans les avoir fondés, d’une Maison de l’Aumône puis d’un Ordre religieux (1297), à vocation hospitalière, dont la renommée s’étend au travers de, selon l’époque, 300 à 400 hôpitaux, prieurés et commanderies semés dans toute l’Europe jusqu’au Moyen-Orient.

Grâce à une organisation rigoureuse, à une compétence clinique certaine et à des thérapies efficaces, l’Ordre est très vite reconnu. Sa spécialité est le Mal des Ardents, une maladie bien particulière qui exige des soins spécifiques. Ainsi, les chanoines antonins soignent le corps autant que l’âme.

La popularité de saint Antoine est donc une source d’inspiration dans laquelle puisent tous les artistes, peintres, graveurs, sculpteurs et écrivains ou, du moins, ceux qui en sont leurs commanditaires.

C’est la vie même du saint qui les incite et c’est dans celle-ci qu’ils trouvent le fondement de leur imagination à représenter un personnage les ayant précédés depuis plusieurs siècles… et dont ils ne savent finalement que peu de choses. Mais « la Légende dorée » a pallié cette déficience en fournissant les thèmes auxquels on se réfère. Reste, ensuite, à imaginer…

Antoine est représenté âgé, avec ou sans ses attributs traditionnels (livre, bâton, clochette, cochon…) et souvent revêtu de l’habit antonin sur lequel brille le Tau, ce qui évoque un lien très fort avec l’ordre religieux antonin car c’est lui qui a choisi ce symbole.

Trois de ces thèmes reviennent, le plus souvent, dans cette flamboyante production iconographique sur saint Antoine :

– les tentations, thème le plus récurrent, le plus complexe, le plus mystérieux et qui a débridé totalement l’imagination des artistes les plus renommés

– la rencontre de Saint Antoine et de Saint Paul dans le désert avec la légende du pain apporté par un corbeau

– l’ensevelissement de Saint Paul par saint Antoine aidé par deux lions.

  1. Les Tentations de saint Antoine

En ce qui concerne les tentations, les œuvres foisonnent et on les retrouve dans la plupart des grands musées.

Outre le retable d’Issenheim déjà évoqué par ailleurs, un triptyque de Bosch présente des allégories, des symboles religieux ou profanes jusqu’à l’obscénité, mêlant en de multiples tableaux dans le tableau, onirisme et ésotérisme, ceci pouvant rappeler, outre les tentations démoniaques, les hallucinations dont souffraient les malades atteints du mal des ardents.

Jérôme Bosch – 1501 – Huile sur panneau de chêne - Musée national de Lisbonne

Jérôme Bosch – 1501 – Huile sur panneau de chêne – Musée national de Lisbonne

 

Salvador Dali – 1946 – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Salvador Dali – 1946 – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Parmi les œuvres de Véronèse, Michel-Ange, Brueghel, Patinier, Van der Heyden, Cézanne, Callot…

celle de Salvador Dali, auteur de ce tableau surréaliste, s’intègre dans le style des représentations oniriques faites aux siècles précédents.

  1. La visite de saint Antoine à saint Paul de Thèbes, ermite

La visite de saint Antoine à un autre ermite de la Thébaïde, saint Paul, dont il a entendu parler constitue également une source d’inspiration pour l’artiste. Elle met en lumière la légende du corbeau qui apporte quotidiennement un demi-pain à l’ermite, nourriture bien suffisante pour un anachorète.

Saint Paul ne tenait pas à cette rencontre, mais le jour de la visite, l’oiseau apporte un pain entier !

Il voit alors, dans ce signe, la bénédiction du ciel.

Cette représentation s’inscrit dans une ambiance plus calme, plus réfléchie que celle des Tentations.

En arrière de ce tableau de Vélàzquez, en bas à gauche, le peintre préfigure l’inhumation de Paul par Antoine et l’intervention légendaire de deux lions réquisitionnés pour creuser le sable du désert, troisième thème parmi les plus choisis.

Diego Velàzquez – 1634 – Musée du Prado - Madrid

Diego Velàzquez – 1634 – Musée du Prado – Madrid

Une icône copte développe, dans son style caractéristique, le même thème et, là aussi, on retrouve les deux lions de la légende.

Icône copte – XVIIIème siècle – Musée du Caire

Icône copte – XVIIIème siècle – Musée du Caire

  1. L’inhumation de saint Paul par saint Antoine

Ce thème est également très popularisé par les peintres.

Il figure au travers de fresques, hélas bien abimées, dans une des chapelles de l’abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye.

Ici, on le retrouve dans un des vitraux de l’église de Châteauroux, la représentation des sujets de la Légende dorée ne se limitant pas à des œuvres picturales.

Eglise de Châteauroux (Indre) – verrière représentant l’inhumation de saint Paul par saint Antoine ainsi que les deux lions réquisitionnés pour creuser le sol (XIXème siècle).

Eglise de Châteauroux (Indre) – verrière représentant l’inhumation de saint Paul par saint Antoine ainsi que les deux lions réquisitionnés pour creuser le sol (XIXème siècle).

 

Bartolomeo di Fredi – épisodes de la vie de saint Antoine – vers 1380 – musée de Berlin

Bartolomeo di Fredi – épisodes de la vie de saint Antoine – vers 1380 – musée de Berlin

Bien entendu, il nous serait facile de poursuivre cette énumération avec d’autres chefs d’œuvre représentant notre saint tant sa popularité a été et reste grande.

De nos jours on compte encore, en France, 14 communes se référant à son nom d’Antoine le Grand, ainsi que plus de quarante églises, sans compter les innombrables lieux dits.

Le prénom d’Antoine, celui qui est fêté le 17 janvier (saint Antoine le Grand), reste un prénom usité.

 

Christian Maurel

Président de l’Association Française des Amis des Antonins

 

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Redécouvrez saint Antoine et les Tentations!

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Écoutez la nouvelle vidéo sur les chants de l’Ordre Antonin!

Dans le cadre du Financement Participatif Helloasso, nous souhaitons vous faire entrer dans l’épisode des Tentations de saint Antoine par les œuvres d’art elles-mêmes!

Assailli par les démons, Antoine, exsangue, sans force, voyant enfin un rayon de lumière traverser le tombeau où il était reclus, s’adressa à l’aide divine et s’écria : « Où étais-tu ? Pourquoi ne t’es-tu pas manifesté dès le début pour faire cesser mes douleurs ? » (chap. 10, 2 de la Vie d’Antoine par Athanase d’Alexandrie). Dieu, qui avait observé les combats de l’anachorète, libéra Antoine du poids des démons et, pour couronner la lutte du saint contre les forces du mal, lui adressa l’une des plus belles promesses de postérité spirituelle : « J’étais là, Antoine, mais j’attendais, pour te voir combattre. Puisque tu as tenu bon et n’as pas subi de défaite, je serai toujours ton défenseur et je te rendrai célèbre en tout lieu » (Vie d’Antoine 10, 3).

La phrase en latin que l’on peut apercevoir dans la vidéo écrite sur le volet droit du cœur du retable d’Issenheim (en bas à droite), chef d’œuvre de Matthias Grünewald (1470-1528), reprend l’appel d’Antoine décrit par Athanase : « Ubi eras, Ihesu bone, ubi eras ? quare non affuisti ut sanares vulnera mea? ». L’office de saint Antoine abbé redécouvert récemment retient surtout quant à lui la bénédiction divine préfigurant l’entrée du saint dans la gloire : « Quoniam viriliter dimicasti, ecce ego tecum sum, et faciam te in toto orbe nominari », en particulier dans l’alléluia Vox de cœlo et l’offertoire Inclito Antonio. Vous pouvez entendre dans cette vidéo des extraits de ces deux pièces dans leur version monodique, tirée du plain-chant antonin, et polyphonique, composée par Guillaume Dufay (vers 1400-1474)  ou l’un de ses élèves, enregistrées le 6 avril dernier dans l’église Saint-Antoine des Quinze-Vingts.

Nous attirons l’œil du spectateur dans la vidéo sur la présence du Christ contenu soit dans une mandorle, soit représenté « en chair et en os » comme dans la version du Triptyque de Jérôme Bosch (vers 1501). Sa présence souvent lumineuse et nimbée, bien que discrète, se dissimule en arrière-fond du chaos des Tentations et crée une échappée lumineuse qui vient soutenir l’âme d’Antoine.

En faisant un don, vous nous permettrez d’enregistrer ces œuvres et bien d’autres encore dans l’église abbatiale de Saint-Antoine (Isère) et vous bénéficierez de contreparties originales proposées par l’Association Française des Amis des Antonins (AFAA) et par l’association Vox In Rama, dont bien sûr le CD de ce programme inédit. Découvrez-les des maintenant!

 

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Le Saint Vinage : un traitement au Moyen Âge contre le mal des ardents

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Dans le cadre du Financement Participatif Helloasso Redécouvrez les Chants disparus de l’Ordre Antonin, Gisèle Bricault, historienne de l’Association Française des Amis des Antonins (AFAA), vous propose de rentrer dans le mystère du Saint Vinage, une macération de plantes mêlée à du vin que l’on utilisait pour guérir du mal des ardents ou Feu Saint-Antoine…

LE TRAITEMENT DE LA MALADIE DU MAL DES ARDENTS OU FEU DE SAINT-ANTOINE PAR LES RELIGIEUX HOSPITALIERS DE L’ORDRE DE SAINT-ANTOINE :  LE SAINT VINAGE

st antoine et le saint vinage

Chapelle Saint-Antoine le Grand à Clans (Alpes Maritimes). Cette fresque illustre Saint Antoine portant aux malades ce qu’on peut considérer comme un flacon de Saint Vinage (photo de Françoise Boué, extraite du Guide de la Chapelle Saint-Antoine le Grand, de Claude Giribone (2015) avec l’autorisation de l’auteur ; cf. article du n°25 de la revue Les Antonins – juillet 2016).

Face à cette terrible maladie que constituait le Mal des ardents ou Feu de Saint-Antoine (on sait depuis qu’il s’agit de l’ergotisme qui infectait les céréales, notamment le seigle), les hospitaliers de Saint-Antoine avaient tout d’abord un but précis : rendre hommage à Dieu en soignant les malades du « feu sacré » et, accessoirement, en soignant d’autres types de maladies ou en accueillant des pèlerins.

À cette époque, la philosophie chrétienne reliait les maladies aux malaises de l’âme et soutenait que l’esprit et le corps allaient de pair, évoluant conjointement (d’ailleurs cette théorie réapparaît dans le monde moderne). Les Antonins admirent donc que la mauvaise santé n’était pas seulement fonction de « composés chimiques » (terme d’ailleurs inconnu à l’époque) mais qu’elle dépendait de l’environnement d’un être, de sa nourriture, de sa réceptivité, de son émotivité, de la lumière, du climat, des vibrations… en un mot du fonctionnement psychique et spirituel de chacun.

Leurs thérapies s’élaborèrent donc à partir d’observations approfondies en s’appuyant sur les quatre éléments fondamentaux de la vie : l’air, la terre, le feu et l’eau, et ils rajoutèrent la Foi, donc les prières. Bien entendu, leur pharmacopée fut, elle aussi, fonction de leurs remarques, de leur bon sens et des produits dont ils disposaient. D’emblée, les Antonins mirent d’abord l’accent sur la diététique en distribuant à leurs malades de la nourriture saine et abondante, en accordant du vin à volonté et en utilisant, sous forme d’onguents, de cataplasmes et de breuvages, les vertus connues des plantes du terroir, des eaux, des minéraux qu’ils avaient sous la main, outre le pouvoir des vibrations engendrées par des formes qu’ils avaient concrétisées dans leur église, sans oublier la récitation des prières, incluant le pouvoir des mots.

Dès que le diagnostic de « feu sacré » était établi le patient était conduit dans l’église où, en compagnie d’un prêtre, il s’imprégnait des lieux et récitait l’antique prière :

« Antoine, vénérable pasteur qui rendez la santé à ceux qui sont en proie à d’horribles souffrances, vous qui savez guérir les maladies mortelles et qui pouvez éteindre le « feu sacré », ô Dieu miséricordieux, priez pour nous.

Et vous Seigneur, qui accordez à la prière du bienheureux Antoine, la guérison du « feu sacré » et le rétablissement de leurs membres malades, nous vous supplions de nous préserver aussi des flammes de l’enfer. Puissions-nous, sains d’esprit et de corps, vous être un jour présentés au ciel ».

Parmi toute une panoplie de médications, il y avait une boisson célèbre connue sous le nom de « Saint Vinage » faite à base d’un vin qui devait exclusivement provenir des vignes plantées sur la colline, derrière le monastère de l’abbatiale Saint-Antoine, vignes que tout religieux de haut rang venant à Saint-Antoine devait bénir.

Les soins de la vigne et les vendanges étaient confiés aux religieux eux-mêmes. Le vin était probablement fait de façon très classique dans un chais inclus dans les vastes bâtiments abbatiaux.

La macération des plantes médicinales qu’on y adjoignait devait se pratiquer entre novembre et le printemps. Toutefois, nous ignorons si leur immersion se faisait en une ou plusieurs fois successives et si le liquide était ou non chauffé. Parmi toutes les plantes bonnes à cet usage, nous signalons le radis noir, le pavot, le fragon, le houblon, le millepertuis, le lierre, l’églantier…

Ces plantes figurent en effet, sur les sculptures qui décorent les colonnes du triforium, au-dessus de l’abside abbatiale. On peut, sans risque de se tromper, assurer que le breuvage, après filtrage, était recueilli dans de grandes cuves en attente de sa bénédiction.

Nous ignorons si, pour le faire, les cuves étaient déposées dans l’église ou si l’on apportait au chœur  un simple récipient plus maniable dont le contenu, une fois sanctifié, pouvait être versé et mêlé à la totalité du vin, qualifié dès lors de Saint Vinage.

La cérémonie se passait en tous cas le jour de l’Ascension après la procession des reliques du Saint et c’était un des temps forts de la journée. Rapportons- nous pour cela au récit d’Aymar Falco, historien de l’Ordre, qui écrit en 1534 : « Les anciens écrits font mention que ce n’est pas une coutume nouvelle que le jour de l’Ascension, on descende le corps de Saint Antoine du haut lieu où il est mis et que, peu après, on fasse la procession car il est certain que cela a été observé depuis le temps où les saintes reliques y furent mises, ceci a encore été observé depuis le commencement jusqu’à présent, que le célèbre jour, soient arrosées de vin, les reliques de ce saint corps, vin lequel étant gardé on donne à boire aux malades et qu’il en est très utile pour guérir leurs maladies. On a prouvé par mille expériences que la vertu de ce vin sanctifié apporte un très efficace remède contre les « incendies du feu sacré ». La même année que nous avons écrit ces choses (1533-1534), plusieurs par l’arrosement de ce vin furent guéris du feu sacré, non pas sans grand témoignage de la divine vertu. Il est évident que des rois, des princes de notre temps ont usé de ce salutaire remède. C’est pourquoi le St Siège Apostolique a approuvé la sanctification de ce vin et a ordonné qu’il ne fut pas permis de faire de tel vin en aucune part si ce n’est dans le monastère où reposent les reliques de Saint Antoine. »

Falco évoque ici l’efficacité de ce breuvage. On peut même se demander s’il ne servait pas aussi pour d’autres maladies que le “feu sacré » ; en effet on ne voit pas quels rois, quels princes, étant atteints de ce mal, l’auraient utilisé. Par contre, on comprend la réflexion si ce vin avait une vertu remontante et euphorisante. Ce vinage était si célèbre qu’il y eut des fabricants de « faux vinage ». Pour faire cesser le scandale, le pape Sixte IV avait fulminé, en 1473, une bulle visant à punir sévèrement les plagiaires et même à les excommunier. Du même coup, il avait interdit la fabrication et la distribution du Saint Vinage ailleurs qu’à Saint-Antoine même. Après la bénédiction le médicament était, dit-on, mis en réserve dans des vases précieux dont nous ignorons tout. L’inventaire des titres n’en signale qu’un seul, en argent, offert en 1560 par le frère antonin Robert Mantelle.

De toutes façons, la bénédiction du Saint Vinage était un acte important en l’abbaye de Saint-Antoine. Nous en restituons, à la page suivante, le rituel et nous ne doutons pas de l’émotion qu’on pourra ressentir à la lecture de ces prières implorantes et oubliées. (1)

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Gisèle Bricault, historienne de l’Association Française des Amis des Antonins (AFAA), article extrait de la revue de Les Antonins de l’AFAA, n° 27, juillet 2017, p. 24-26.

 

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