Trasumanar : le Jeu du Pèlerin

Le mot du directeur artistique : qu’est-ce que trasumanar ?

Trasumanar, « transhumaner », c’est traverser l’humain en lui-même pour entrer dans la connaissance d’un au-delà du monde terrestre et des lois de la pesanteur du corps. Ce pèlerinage physique et sensible de Dante dans les forêts obscures et antiques de l’humain le mène, dans le dernier chant du Paradis, à la contemplation de la somma luce, la suprême lumière divine dont sa langue doit conserver l’étincelle pour les peuples futurs. En mettant en scène son propre personnage dans la Divine comédie, Dante apporte à la figure errante d’Ulysse une issue nouvelle à son naufrage, n’ayant pu connaître celle du retour à Ithaque décrite par Homère. C’est l’expérience du trasumanar de Dante que l’ensemble médiéval Vox In Rama, en collaboration avec des comédiens, propose au public de redécouvrir dans un spectacle d’art total.

Frédéric Rantières

« Le Jeu du Pèlerin » : qu’est-ce que c’est ?

Ce jeu de tarot virtuel vous propose un vagabondage poétique, conçu sur le principe des emblèmes ou inscriptions alchimiques avec figures au-dessus d’un cartouche portant devise. Il se veut un double hommage :

  • au travail du philosophe Christophe Poncet et de l’historienne de l’art Nadia Barrientos sur le tarot « de Marseille », en réalité « de Marsile », qui se trouve être, comme beaucoup de tarots des XVe et XVIe siècles en Italie du nord ou centrale, une série de cartes pédagogiques conçues pour illustrer des thèses néoplatoniciennes dans le cadre d’un enseignement en académie privée. Les tarots « de Marseille » ont été conçus dans l’entourage de Marsile Ficin vers 1470-80. Leur illustration relève sans doute de l’influence de plusieurs peintres et dessinateurs de cet entourage dont Botticelli, l’un des illustrateurs les plus célèbres de la Divine Comédie. Plusieurs de ses planches présentent des ressemblances troublantes avec l’iconographie du célèbre tarot. Pour plus de détails, voir le blog : https://www.3×7.org/fr/ … et le documentaire : https://www.youtube.com/watch?v=Uf0yExawsNk
  • à la structuration dramatique de notre Divine Comédie. On y voit se dégager une série de figures, correspondant chacune à un ou plusieurs personnages du spectacle, que j’ai souhaité rebaptiser et faire correspondre aux arcanes majeurs du tarot de Marseille : le spectacle, comme le jeu de Ficin, propose un itinéraire secret de l’âme au travers de l’humain. Chaque carte joue à la fois de cette parenté et de la spécificité de la nouvelle œuvre. Elle fait figurer un nom de fantaisie, un nom de personnage, un numéro et un correspondant dans le jeu « de Marseille ».

« Trasumanar, Le Jeu du Pèlerin » vous propose de suivre cet itinéraire en feuilleton de 22 lames, 1+7 par ensemble de chants (Enfer, Purgatoire, Paradis). Les numéros sont donnés dans l’ordre d’apparition des figures du spectacle. Nous vous dévoilerons au fil de notre campagne les cartes du jeu complet, serties chaque fois d’un poème original et d’extraits ou photos des répétitions. Les lames ont été conçues par Aurélie Zygel et réalisées par Carl Voyer.

La carte du jour

La carte « O » incarne l’esprit du spectacle. Elle correspond au Fou ou Mat du tarot « de Marseille », inspiré des bouffons et des pèlerins portant marotte. Rebaptisée « Le Traversier », elle rend hommage à l’esprit itinérant de l’homo viator antique, le voyageur engagé dans le trasumanar, qui accepte de se nouer de près aux épines de la mort avant de remonter vers le jour, libération de l’âme autrefois enfermée. C’est « la carte sans nom, la carte sans nombre », la carte sans lieu, sans « ubi », que Dante tire symboliquement avant de s’embarquer parmi les « chiens de l’enfer », les tentations. Le philosophe Marsile Ficin parle en ces termes du pèlerin fou dans une lettre de 1476 à Cristoforo Landino :

 Ô déments, ô misérables ! […] pèlerins ! Pourquoi cherchez-vous au loin le bien, alors qu’il réside à proximité, ou mieux, à l’intérieur de vous ? 

Aurélie Zygel

Strophes pour l’arcane

Le Traversier

De la forêt des veines au sang brûlant du cœur

Chargé de peine et mordu de langueur

Il s’en ira, vaissel où pèse le timon,

 

Comme en un bois d’épines corrompu,

D’Enfer à Ciel purgeant l’Amour déçu

Qui vient, serpent, de sa gueule d’airain

 

Dire l’épreuve au fil du transhumain.

Aurélie Zygel

La vidéo du jour : premières répétitions !